Vision d'avenir : Sur le plan national

À l'heure où s'estompe le mirage de la nouvelle économie et de ses richesses virtuelles (bulles technologiques) au profit d'une remise en valeur des richesses tangibles, au moment où l'état américain le plus riche, le plus avancé technologiquement, la Californie se dirige vers un chaos fiscal et social suite à la crevaison de la bulle boursière des entreprises technologiques1, la région du nord-est du Canada choisit de promouvoir son rayonnement dans l'économie canadienne et mondiale. Cette prise en main des milieux nord-côtiers et labradoriens représente un défi excitant puisque cette grande région, peu connue et peu explorée, enrichit le pays et génère déjà depuis plusieurs années des investissements massifs des grandes entreprises et des organismes parapublics.

 

Vision d'avenir sur le plan national : Accessibilité aux richesses du nord-est canadien

La région doit prioritairement ouvrir son accès routier qui, actuellement, se referme inexorablement sous la poussée de la saturation prochaine du service de bateaux-passeurs à Tadoussac. Si aucun projet important ne venait accroître l'achalandage, l'étude d'opportunité commandée par Transports Québec et rendue publique en 1999 prévoyait une saturation du service de traversier dès 2007 en période d'été.

Depuis, on a annoncé le début du projet de Voisey's Bay au Labrador (2,9 G$; exploitation du plus important gisement de nickel au monde avec des réserves déjà démontrées de plus de 60 G$), la construction du barrage Toulnustouc (1 G$), les agrandissements des alumineries Alcoa à Baie-Comeau (1 G$) et Alouette à Sept-Îles (1,5 G$), les travaux de construction et de réfection de l'usine de bouletage de la compagnie de fer IOC à Sept-Îles (1 G$), les travaux d'agrandissement de la mine de fer de Québec Cartier à Fermont (350 M$) et les gouvernements de Terre-Neuve et du Québec annoncent leur intention d'accélérer le processus menant à la construction des barrages du Lower Churchilll Falls (6,8 G$) et enfin, Hydro-Québec prévoit des investissements de 10 G$ pour le harnachement des rivières La Romaine et Petit Mécatina. Globalement, déjà des investissements de plus de 26 G$ sont prévus dans le nord-est canadien pendant que la porte d'entrée de ce vaste territoire se referme inexorablement à la hauteur de Tadoussac.

 

Vision d'avenir sur le plan national : Achèvement du lien trans-canadien interprovincial vers le Labrador et Terre-Neuve

À ces annonces et projets s'ajoute un investissement de plus de 500 M$ dans le réseau routier du Labrador pour rejoindre Labrador City à Happy Valley - Goose Bay et à Blanc-Sablon. L'achèvement du réseau routier du Labrador induira progressivement un accroissement des déplacements de plus de 20 000 labradoriens vers les grands centres canadiens via la route 138 et la traverse du Saguenay à Tadoussac.

 

Vision d'avenir sur le plan national : Occupation du territoire et pérennité des collectivités existantes

L'ampleur des investissements dans une région plus vaste que la France oblige le maintien d'un réseau routier fluide et sécuritaire d'autant plus qu'il n'y a pas d'alternative ferroviaire. Malgré l'absence des prisonniers, le vieux modèle de développement " à la Sibérienne " de la région, dans lequel les sites d'extraction des ressources sont transformés en camp de travail où les travailleurs, et parfois leurs familles sont de " passage ", est devenu inadapté aux réalités socioéconomiques de la région. L'époque où la grande entreprise maintenait sa main-d'œuvre prisonnière sur le site de travail est révolue. Aujourd'hui, les collectivités de la région souhaitent conserver un environnement socioéconomique stimulant et intéressant pour les générations à venir. Le pré-requis de l'accessibilité routière devient fondamental dans le contexte d'une région aussi éloignée des grands centres

 

Vision d'avenir : Sur le plan régional

Effet sur la qualité de vie et le tissu social (main-d'œuvre stratégique, jeunes, retraités)

La qualité de vie dans une région éloignée sans service ferroviaire vers les autres grands centres dépend essentiellement de la qualité de son réseau routier et aujourd'hui, marginalement, de son réseau de transport aérien. Actuellement, dans un contexte de croissance de l'achalandage et donc d'une accentuation de l'effet entonnoir à la traversée du Saguenay, la multiplication des atteintes à la fluidité associée à la dangerosité exceptionnelle du tronçon entonnoir rend de plus en plus aléatoire et insécuritaire l'utilisation de la route. Ce phénomène connu de tous les nord-côtiers conduit à une diminution des déplacements non essentiels, donc à une limitation de l'activité économique.

Vision d'avenir sur le plan régional : Une route sécuritaire et fluide

Une route sécuritaite et fluide est un élément incontournable de la qualité de vie en région, elle permet :

Aux étudiants souhaitant poursuivre des études supérieures de se rendre dans les grands centres par la route puisqu'il n'y a pas de lien ferroviaire et que le transport aérien n'y est pas abordable. Une résolution des problèmes de sécurité et de fluidité aux approches du Saguenay permettrait un accroissement des déplacements de ces jeunes vers leur famille et le maintien de leur intégration dans le tissu social régional, d'où accroissement des probabilités de retour dans leur milieu.

À la main-d'œuvre stratégique de consolider sa présence dans la région augmentant ainsi la compétitivité et les performances des entreprises régionales. Ce faisant, on favorise l'émergence d'un entrepreneuriat d'avant garde induisant aussi la possibilité d'emplois supplémentaires nécessaires au retour des jeunes dans leur région d'origine.

Aux retraités de choisir de poursuivre leur vie dans leur milieu sachant qu'ils y trouveront les services de santé nécessaires et que les services plus spécialisés seront disponibles en utilisant une route sécuritaire et fluide. Leurs investissements pourront alors se concentrer dans la région auprès des plus jeunes de leur famille encourageant ainsi encore la création de richesse et d'emploi.

 

Vision d'avenir sur le plan régional : L'industrie touristique

L'industrie touristique régionale, actuellement stagnante puisque sa période de pointe, l'été, correspond avec les périodes de saturation des traversiers, pourrait recevoir l'afflux de touristes actuellement pris en main par les régions avoisinantes transformant le touriste en croisiériste instantané qui vient pour une ou deux heures par bateau à Tadoussac pour retourner dans sa région d'origine. À titre d'exemple, le ministère du Tourisme de l'île du Prince Édouard nous apprenait que suite à l'achèvement du pont de la Confédération en 1997, le nombre de touristes a augmenté de 64 % et leurs dépenses de 68 % et ces chiffres se sont maintenus d'année en année depuis la construction du pont. Le potentiel de croissance de l'industrie touristique peut donc se mesurer pour toute la région du nord-est canadien. Sans attente ou danger indu, l'industrie touristique mondiale ne peut que s'intéresser à ce nouvel Eldorado qu'est le Far East canadien (Labrador et Côte-Nord). D'où plus d'emplois en région.

 

Vision d'avenir sur le plan régional : 2e et 3e transformation des ressources

Un pont permettrait aux entreprises de 2e et de 3e transformation d'émerger et de tisser les liens avec le reste du pays à partir d'un réseau routier fiable, fluide et sécuritaire. D'où création d'emplois actuellement souvent hors du pays puisqu'une part importante de nos richesses sont présentement exportées sans transformation hors du pays par voie maritime.

 

Vision d'avenir sur le plan régional : Compétitivité des entreprises

La disparition du service de bateaux-passeurs permettra aux grandes entreprises et autres d'améliorer leur compétitivité sur les marchés continentaux en réduisant les temps d'accès vers le continent (environ 90 minutes par voyage aller-retour selon les industriels du bois)2 et les délais aléatoires reliés à un service de bateaux-passeurs. Celles-ci sont présentement fragilisées par les délais imprévisibles et les dangers du réseau routier qui s'ajoutent à un éloignement déjà exceptionnel par rapport à leurs compétiteurs. Les coûts de transport sont augmentés par les délais d'attente à la traverse et réduisent d'autant la marge bénéficiaire des entreprises de la région. Un pont génèrerait dans ce contexte de meilleures opportunités de créations d'emplois.

La construction d'un pont sur la rivière Saguenay permettrait d'entreprendre la reconstruction du tissu social et économique de la région et de passer par la suite rapidement à la construction de ce territoire nouvellement oxygéné par un réseau routier fluide et sécuritaire.

 

Vision d'avenir : Sur le plan local

Vision d'avenir sur le plan local : Inconvénients, emplois et accessibilité

Les pertes d'emplois reliés au service de traversiers et la distance accrue pour atteindre les villages à partir du nouveau tracé de la route 138 génèrent dans les communautés de Tadoussac à Baie-Sainte-Catherine des inquiétudes légitimes que des mesures de mitigation devraient pouvoir atténuer. Le seul entretien de l'infrastructure d'un pont pourrait permettre de convertir une partie des emplois actuels. Quelles que soient les options retenues, le maintien et l'amélioration de l'activité économique dans les villages de Tadoussac et Baie-Sainte-Catherine demeurent une priorité dans le projet de construction.

 

Vision d'avenir sur le plan local : Avantages : quiétude, tourisme

Les bienfaits pour les résidents et les visiteurs des localités de Tadoussac et Baie-Sainte-Catherine se mesurent d'abord par la disparition des bruits, vibrations, odeurs, poussières et dangers routiers découlant du trafic croissant circulant au cœur de chacun des villages actuellement et la disparition des bruits et pollutions reliés aux activités des bateaux-passeurs eux-mêmes (cornet de brume, klaxons, bruits métalliques des véhicules passant sur les rampes d'accès, etc.). La qualité de vie des résidents et visiteurs serait grandement améliorée par un pont libérant le cœur des deux villages pour une activité touristique plus sereine.

Vision d'avenir globale : Une route suspendue dans un paysage fascinant

Les bateaux-passeurs pour traverser les rivières québécoises sont un mode de transport révolu depuis longtemps. Aujourd'hui, les ingénieurs de la firme SNC-Lavalin responsables de la partie technique de l'étude d'impact présentement en cours nous affirment que dans l'état actuel de leur science, la construction d'un pont sur la rivière Saguenay ne représente pas de défi technologique particulier. Les environnementalistes nous rappellent que le site est d'une beauté exceptionnelle ; ce que les nord-côtiers et les labradoriens reconnaissent sans doute mieux que personne. Enfin, certains politiciens orientés sur la seule gestion au jour le jour des finances de l'état pourraient être enclins à retarder " in extremis " l'inéluctable construction d'un pont. Au point même où ils pourraient argumenter de la disparition pur et simple de la région du Nord-Est canadien comme on la connaît pour pouvoir y implanter un modèle de développement " à la Sibérienne ". Un modèle où l'occupation du territoire et la qualité de vie de ses habitants seraient abandonnés au profit de la création de camps de travail qui seraient maintenus au bénéfice des quelques grandes industries extractrices de ressources comme au début du siècle dernier.

En fait, les nord-côtiers et les labradoriens savent l'importance du lien routier les reliant au reste du continent et partagent le point de vue de ceux du monde politique qui ont une véritable vision d'avenir pour la région, leurs provinces et le pays. Plusieurs endroits au monde reflètent les bienfaits du mariage entre les réalisations du génie humain et des lieux exceptionnels. L'exemple du pont " Golden Gate " à San Francisco , de ses impacts majeurs sur le développement économique de la région, de sa beauté dans un paysage exceptionnel, nous rappelle que l'avancement d'un pays passe par une vision d'avenir. Il est d'ailleurs étonnant que 70 ans après sa construction, et malgré les progrès des sciences de l'environnement, on choisisse encore aujourd'hui de le peindre en rouge pour qu'il soit mieux vu des bateaux certes mais aussi pour marquer l'heureux mariage du génie humain dans un environnement exceptionnel.

Un pont suspendu à l'embouchure du Saguenay, le plus long dans les trois Amériques, transformerait ce site en une destination hautement prestigieuse pour l'industrie des croisières internationales d'abord, puis pour le tourisme international en général. On peut d'emblée prévoir que ce lieu induirait une activité touristique accrue incitant des entrepreneurs à multiplier les sites d'accueil et donc les emplois pour la région, la province et le pays.

Considérant l'augmentation importante des coûts actuels du service de traversier, ses impacts négatifs croissants sur la fluidité et la sécurité du lien routier et sur la compétitivité des entreprises du Nord-Est canadien, voilà donc une opportunité de " classe mondiale " de désenclaver le Nord-Est canadien, d'y induire une croissance économique à long terme tout en créant un produit d'appel touristique exceptionnel pour au moins les 100 prochaines années, soit la durée de vie minimale du pont prévu sur le Saguenay.

 
 

© Copyright 2003 - La Société du Pont sur le Saguenay
Conception et réalisation :
Simulation du pont : SIMARD Michel et al (1999)