Enjeux : Sécurité

 

La Société, à partir des informations transmises par la SAAQ, la STQ et le MTQ, a comparé le nombre de décès et de blessés graves survenus entre 1995 et 2000 (6 ans) sur le tronçon de 112 km de la route 138 de part et d'autre de la rivière Saguenay et le tronçon de 174 km de la route 175 entre Québec et Ville de Saguenay.

 

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Le nombre de blessés graves et de décès par 100 mkp1 sur le tronçon de la route 138 aux approches de la rivière Saguenay dépasse de 26% les données de la route 175. De plus, le nombre de décès par 100 mkp sur le tronçon entonnoir de part et d'autre de la traverse de Tadoussac est plus de 3 fois supérieur à la moyenne sur les routes du Québec (moins de 1 décès par 100 mkp2).

Des investissements de plus de 700 M$ ont déjà été annoncés pour construire une route à quatre voies entre Québec et Chicoutimi au motif premier d'améliorer la sécurité. Le ministère des Transports du Québec a commandé une étude d'impact de 2 M$ pour la construction d'un pont sur la rivière Saguenay qui permettrait, entre autres, de ramener le taux de décès sur le tronçon entonnoir de 3.31 décès à moins de 2 décès par 100 mkp.

La Société a choisi de comparer le tronçon de la route 138 aux approches de la rivière Saguenay à un des tronçons routiers les plus dangereux au Québec de manière à mettre en évidence l'importance des effets conjoints de l'encombrement croissant sur la route 138, d'une géométrie routière difficile aux abords du Saguenay (qui serait corrigée partiellement par les approches du pont et des améliorations en cours et prévues du réseau routier) et des effets toujours plus sévères du syndrome de la traverse. Les longues distances parcourues par les utilisateurs de la route 138 et la nécessaire et souvent difficile cohabitation entre les automobiles et les camions-remorques sont des facteurs aggravants pouvant expliquer la dangerosité élevée aux abords du Saguenay.

Les gouvernements du Québec et du Canada auront bientôt à prendre une décision cruciale pour l'avenir de la région Côte-Nord; soit ils investissent dans le renouvellement des traversiers existants et de nouveaux traversiers vers la rive-sud ou Québec et Montréal, insularisant et isolant ainsi davantage la région, soit ils accélèrent le processus visant la construction d'un pont sur la rivière Saguenay qui résoudra de façon définitive les problèmes de sécurité et de fluidité aux abords du Saguenay sur la seule route d'accès à la région à partir des grands centres.

« Pour que de nouvelles entreprises émergent et que les entreprises existantes prennent de l'expansion en région, elles doivent pouvoir compter sur des infrastructures modernes de transport et de communication. »

« Le Québec est une société ouverte sur le monde. Cette ouverture commande des infrastructures de transports adaptées à la nouvelle réalité économique. Leur modernisation est essentielle pour répondre aux impératifs liés à la mondialisation des marchés. »3

La sécurité de la route 138 aux abords du Saguenay est un enjeu majeur et incontournable pour l'avenir de la région Côte-Nord et du Labrador, tout autant que les enjeux économiques pour le Québec et le Canada du développement de la 2e et 3e transformation des matières premières provenant de la région. Pour cela, un lien routier efficace entre notre région et les grands centres est indispensable.

Sécurite : Le bas de la côte de Tadoussac : à haut risque

Cette côte de 1.5 km de longueur atteint à deux reprises un degré de dénivellation de 10%, elle traverse une zone habitée du village de Tadoussac pour s'achever abruptement par un arrêt sur le quai des traversiers.

Le bris mécanique d'un véhicule, le malaise d'un conducteur ou des mauvaises conditions météo suffiraient pour transformer un véhicule, particulièrement un des 1000 camions-remorques qui transportent des matières dangereuses dans cette côte à tous les mois, en une véritable bombe. En effet, au bas de la côte s'agglutinent les véhicules en attente parmi lesquels les passagers sortent se dégourdir alors que d'autres véhicules débarquent des traversiers. Dans les périodes d'achalandage, lorsque les files d'attente se prolongent au delà de la côte elle-même, ou dès qu'une douzaine de véhicule en attente s'accumulent, l'entrée de la voie de détresse pour véhicules en difficulté est obstruée. Ainsi, le pire des scénarios devient difficilement évitable.

Sécurite : Le Syndrome de la traverse (The Ferry Fever)

Tous les utilisateurs réguliers du service de traversiers à Tadoussac connaissent le syndrome décrit par le Dr Samson. Ce phénomène, mortel pour plusieurs, résulte d'une agressivité mal contenue d'un conducteur autrement prudent sur la route. Cette agressivité s'explique par les contraintes imposées au conducteur avant, pendant ou après la traversée du Saguenay. La description du syndrome correspond étroitement au vécu des usagers réguliers de la traverse.

« Ce syndrome, dangereux pour celui qui en est atteint, peut avoir des répercussions diverses sur d'autres automobilistes sous forme d'accidents mortels, de blessés graves, de blessés mineurs ou de dommages matériels. Les automobilistes qui se rencontrent dans chaque sens aux abords de la traverse peuvent en être atteints simultanément et de ce fait, décupler les risques d'accidents. »

Vous pouvez consulter un extrait du rapport du coroner Arnaud Samson suite au décès accidentel de Monsieur Armand Turbis de Havre Saint Pierre : coroner_2001.pdf (645Kb) de même qu'une lettre de l'ex-député Gabriel-Yvan Gagnon à Monsieur Guy Chevrette, ex-ministre des transport, sur le syndrome de la traverse Tadoussac-Baie-Ste-Catherine : gagnon_2001.pdf (130Kb)

Ce syndrome contribue à expliquer un taux de décès plus de 3 fois supérieur à la moyenne provinciale aux abords du Saguenay sur la route 138. Cependant, plusieurs facteurs s'ajoutent.

Facteurs aggravant le syndrome de la traverse décrit par le coroner Arnaud Samson sur le tronçon entonnoir de La Malbaie à Les Escoumins

Malgré les difficultés reliées au réseau routier, dont certaines sont décrites par le coroner Samson, plusieurs facteurs se conjuguent pour accentuer les problèmes de sécurité routière reliés au syndrome de la traverse.

 

 

  • Accroissement de l'achalandage prévu (Étude Naturam) en surplus (réel) et à prévoir (Labrador et projets nord-côtiers, alumineries, hydroélectricité et fin prévisible du différend canado-américain sur le bois d'œuvre);
  • Dangers générés par les files d'attente aux quais des traversiers, par la circulation des piétons à travers les véhicules en attente et ceux arrivant en fin de file d'attente, par la difficulté de circulation pour les gens des villages de part et d'autre du Saguenay, par la mauvaise définition des responsabilités quant à la gestion de ces longues files particulièrement en haute saison touristique;4
  • Dangers maritimes reliés i) à la croissance du nombre de navires et d'embarcations circulant à l'embouchure du Saguenay et aux environs; ii) aux conditions météorologiques sur l'eau, plus particulièrement la brume l'été empêchant l'utilisation d'un troisième navire, les glaces et les vents l'hiver empêchant les traversiers d'accoster, et qui, occasionnellement, les déportent vers le fleuve ou les arrachent de leurs amarres lors des périodes d'embarquement obligeant la venue des brise-glaces de la garde-côtière canadienne. L'étude d'opportunité souligne en partie ces réalités :

    « " Par contre, les navires doivent tenir compte des courants alternatifs des marées, des vents souvent forts, canalisés par le couloir du Saguenay, soit de 40 à 70 nœuds (60 à 100 km/h), du brouillard compliquant les approches des quais et du trafic maritime se déplaçant perpendiculairement au trajet des traversiers. Toutes ces conditions de navigation sont autant de facteurs pouvant retarder la traversée de la rivière Saguenay ou les manœuvres d'approche et d'accostage. L'hiver, par vent de nord-est et en marée montante, les glaces du fleuve viennent s'accumuler entre les deux rives du Saguenay et peuvent compliquer la traversée. Au printemps, il arrive parfois que le déglaçage en amont de la rivière apporte de grandes plaques de glace obstruant ainsi le trajet de la traversée. »5

  • Inconfort des conducteurs quant au maintien de l'intégrité de leur véhicule ou de leurs vêtements lors de la traversée maritime, espaces exiguës entre les véhicules, proximité des véhicules lourds souvent empoussiérés ou couverts de gadoue, espace restreint de manœuvre. Plus de la moitié des UEA (unité-équivalent-auto) transportées dans les huit traverses de la Société des traversiers du Québec le sont à Tadoussac6. Plusieurs incidents y sont rapportés chaque année7;
  • Circulation des usagers des traversiers dans des conditions parfois inquiétantes lors de grands vents lorsque les embruns salés recouvrent les véhicules ou éclaboussent les passagers. Ces situations sont particulièrement pénibles en période hivernale.
  • Détour par Ville de Saguenay des camionneurs en provenance de Québec, de Montréal ou de la région préférant s'imposer un long détour pendant lesquels ils recevront un salaire au kilomètre parcouru plutôt que de s'astreindre à de longues attentes la nuit aux quais des traversiers, attentes pendant lesquelles ils ne reçoivent aucun salaire. Deux accidents mortels survenus entre Bergeronnes et Tadoussac à l'automne 2002 impliquaient ces camionneurs qui, s'il y avait eu un pont, n'auraient pas eu à s'imposer ce long détour de nuit.

 

Les dangers et irritants précités s'ajoutent aux effets du syndrome de la traverse décrit par le coroner Arnaud Samson : impatience des conducteurs, prise de risques pour arriver à temps au bateau, tentative de se libérer des pelotons de plus en plus importants formés par les longues files de véhicules à la sortie du bateau, etc.

La somme des dangers et irritants ajoutée à la fatigue d'un long déplacement aggrave la dangerosité du segment routier entre La Malbaie et Les Escoumins. Voilà qui explique que le taux de décès et de blessés graves y est nettement plus élevé que sur le dangereux tronçon de la route 175 entre Québec et Saguenay (Chicoutimi) et le taux de décès par 100 mkp plus de 3 fois plus élevé que sur la moyenne des routes du Québec.8

En se référant à des études faites par le ministère des Transports et à une analyse des décès récents imputables aux attentes à la traverse et aux autres facteurs indépendants ou reliés au syndrome de la traverse lui-même, la Société du Pont estime que plus de 50 % des décès et blessés graves survenus sur le tronçon entonnoir aux approches de la rivière Saguenay pourraient être évités par la construction d'un pont et de ses approches.

Certains de ces facteurs, vus par des non-utilisateurs des traversiers, pourraient paraître anodins ou empreints d'une perception émotive comme le syndrome de la traverse lui-même. Cependant, les utilisateurs réguliers du service de traversier et les nord-côtiers connaissent cette réalité et les coûts en vie, blessures et autres pertes pour leur communauté. La sécurité des usagers de la route est un enjeu majeur et incontournable de la traversée du Saguenay à Tadoussac. Au fil de la croissance de l'achalandage, le problème s'accentuera. Il est donc impératif que les décisions soient prises rapidement considérant le délai prévisible de 10 ans avant l'achèvement de la construction du pont. Le ministère des Transports du Québec a déjà annoncé en 1997, des investissements de 33 M$ pour améliorer la route d'approche côté est. Cependant, ces travaux annoncés en 1997 et qui devaient s'étendre sur 10 ans, pourraient être retardés suite à des restrictions budgétaires. Ces travaux devraient contribuer à diminuer le nombre de décès et blessés graves bien qu'ils ne pourront avoir d'effets significatifs sur le syndrome de la traverse lui-même et ses conséquences sur la sécurité des usagers de la route.

 
 

© Copyright 2003 - La Société du Pont sur le Saguenay
Conception et réalisation :
Simulation du pont : SIMARD Michel et al (1999)